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14.7.19
Le temps qui passe
J’ai longtemps pensé confusément qu’un village ou une ville se devaient d’être traversés par une rivière ou un fleuve. Qu’il manquait quelque chose d’essentiel à celles et ceux qui ne l’étaient point. Pourquoi cela ? Ai-je habité une ville privée de cours d’eau ? Elles sont trop nombreuses et j’ai la flemme de vérifier. Et, d’ailleurs, à quoi bon ? Besançon, où je réside aujourd’hui, est traversée par le Doubs. Plus que traversée puisque son cœur de ville est inséré dans une boucle, comme s’il s’agissait d’une presqu’île. Quant à Vitória, où je passe plusieurs mois par an, c’est pour sa partie originelle une île trop petite pour recevoir une rivière, mais, enserrée dans une baie, ses bras de mer et sa mangrove se parcourent en barque comme s’il s’agissait d’un cours d’eau douce.
Avant de partir m’installer au Brésil, j’écoutais à la radio Daniel Arasse me régaler d’histoires de peintures. Rarement un historien de l’art – je crois que cette étiquette ne lui plaisait pas – n’a su capter mon attention avec autant de simplicité et de perspicacité. Récemment, en sortant d’une exposition consacrée au sculpteur bisontin Just Becquet, je suis tombé sur le livre reprenant les émissions de Daniel Arasse. Et voilà que j’y trouve une explication plausible à mon exigence de rivière traversant les lieux habités. Il y écrit à propos de la Joconde que « s’il y a pont, il y a une rivière, qui est le symbole banal par excellence du temps qui passe. » Un symbole à ce point banal qu’il m’a refusé de donner la clé de mon petit mystère, un caprice en quelque sorte.
Et puis il y a aussi le jeu des souvenirs.
Je me souviens de la petite rivière picarde baptisée Noye – un curieux nom pour une rivière – qui traversait le village de Berny, un village qui n’existe plus, où vivait ma grand-mère maternelle. La Noye de mon enfance, où j’aimais observer les libellules danser à leur façon bien particulière à la surface de l’eau, et les éphémères aussi, dont le nom s’associe parfaitement au symbole du temps qui passe.
Je me souviens de mon cousin Jean-François qui s’est suicidé en se jetant dans la Loue. Quelques mois avant, je lui rendais visite chaque samedi à l’hôpital psychiatrique de Saint-Maurice où il avait été jeté en pâture après avoir échoué sous un pont de Paris. S’il était mort récemment, compte tenu des vérités cléricales qui éclatent désormais presque chaque jour, j’aurais su et pu m’engager dans un combat, peut-être pas inutile.
Je me souviens de mon ami Patrice, poète qui s’est suicidé en se jetant dans le Doubs, quand je vivais à 10.000 km de là. Qu’aurais-je pu faire si j’avais été à Besançon les jours qui ont précédé son dernier geste ? Je lui aurais rappelé notre voyage à Prague peu de temps avant la chute du communisme et nous nous serions marrés en nous remémorant la nuit où, passant bourré sur le pont Charles, j’ai failli poser le pied là où un groupe de jeunes avait ôté la plaque de fonte qui surplombait la Vlatva. Nos rires auraient-ils suffi ?
Curieuses circonstances liées pour le meilleur et pour le pire à des rivières. Des rivières qui pour Jean-François et Patrice ont marqué la fin. Qu’en sera-t-il de moi lorsque je déciderai d’en finir ?
La photo nous montre le pont de pierre qui passe d’une rive à l’autre de la Loue à Vuillafans. Un village où mon cousin et moi avons partagé des moments heureux de nos enfances et adolescences. Nous étions loin alors d’imaginer que ce pont serait le théâtre de sa dernière décision.
On pourra écouter l’interprétation du poème d'Apollinaire Le Pont Mirabeau par Pow Wow.
28.5.19
A quoi bon cette photo ?
A quoi bon cette photo ? Voilà, je me demande à quoi bon cette photo. Déclencher, c’est facile. Ou pas. C’est parfois pas facile quand on cadre des inconnus. Surtout s’ils remarquent mon petit manège, mon intrusion dans leur proche environnement. Ici, on pourrait croire que la femme face à moi me regarde, mais non, elle fixe quelqu’un de son petit groupe.
Je ne les connais pas, mais je discerne dans leur conversation de l’américain et de l’allemand. Mon père, qui a fait la guerre chez les yankees et contre les boches, aurait dit du ricain et du boche. J’y pense souvent, allez savoir pourquoi. Il y avait donc de l’américain et de l’allemand – j’ai voté aux européennes – dans cette conversation à laquelle j’étais étranger.
Chez Vincent et ses Zinzins du Vin, formidable appellation, déposée soit dit en passant, pour un formidable bar à vin de la rue de la Madeleine, il y a beaucoup d’étrangers présents pour de courts séjours de formation continue, rapport au Centre de linguistique appliquée où viennent s’entretenir des profs du monde entier. Des femmes et des hommes étrangers qui parlent français mieux que beaucoup de Français, rapport à leur profession et leur goût pour notre langue. Et aussi pour leur goût de la culture française, littéraire et vinicole. L’un ne va pas sans l’autre pour beaucoup. Chez les Zinzins du Vin, on croise peu de citoyens du Golfe et peu d’Australiens, allez savoir pourquoi. En revanche on y rencontre des Japonais qui se livrent à la cérémonie du vin – eh oui – et des Chinois qui vous chantent Le temps des cerises comme si on était encore il y a deux siècles. Ou presque.
En face des Zinzins, il y a une bodega. Et au 19, il y a l’ancienne synagogue, reconvertie en immeuble de logements plutôt pauvres, pas encore reconvertis en cages à bobo. Une adresse où l’ami Chaudanne a vécu son enfance et son adolescence, avant de partir faire le tour du monde avec des étoiles dans la tête et toutes sortes de substances dont la poésie ne constituait pas la moins dangereuse. Chaudanne, je l’ai rencontré physiquement au Brésil après l’avoir croisé dans des revues de poésie. Grâce à Gérard Lemaire, à propos duquel vient de sortir le livre de Robert Roman, des éditions Le Contentieux – formidable nom pour une maison d’édition – un livre intitulé Un poète à hauteur d’homme.
Quand on lit un poème de Gérard, avec qui j’ai un peu bourlingué, on ne se pose pas la question : à quoi bon avoir écrit ce poème ? Gérard avait cette absolue nécessité chevillée au corps. Et le cerveau et l’esprit ne sont que des chairs corporelles, juste un peu spéciales.
18.4.19
Notre-Dame de Jumièges
Notre-Dame de Paris
Notre-Dame est bien vieille : on la verra peut-être
Enterrer cependant Paris qu’elle a vu naître ;
Mais, dans quelque mille ans, le Temps fera broncher
Comme un loup fait un bœuf, cette carcasse lourde,
Tordra ses nerfs de fer, et puis d’une dent sourde
Rongera tristement ses vieux os de rocher !
Bien des hommes, de tous les pays de la terre
Viendront, pour contempler cette ruine austère,
Rêveurs, et relisant le livre de Victor :
— Alors ils croiront voir la vieille basilique,
Toute ainsi qu’elle était, puissante et magnifique,
Se lever devant eux comme l’ombre d’un mort !
Gérard de Nerval
Cette photo peut, à toutes fins utiles ou futiles, être rapprochée de Forget And Be interprétée par la mortelle dame de chair et de sang, Leïla Martial.
18.12.18
Celui qui perd sa vie un jour la trouvera
Il restera de toi / Ce que tu as donné. / Au lieu de le garder dans des coffres rouillés. / Il restera de toi, de ton jardin secret, / Une fleur oubliée qui ne s'est pas fanée. / Ce que tu as donné / En d'autres fleurira. / Celui qui perd sa vie / Un jour la trouvera. / Il restera de toi ce que tu as offert / Entre les bras ouverts un matin au soleil. / Il restera de toi ce que tu as perdu / Que tu as attendu plus loin que les réveils. / Ce que tu as souffert / En d'autres revivra. / Celui qui perd sa vie / Un jour la trouvera. / Il restera de toi une larme tombée, / Un sourire germé sur les yeux de ton cœur. / Il restera de toi ce que tu as semé / Que tu as partagé aux mendiants du bonheur. / Ce que tu as semé / En d'autres germera. / Celui qui perd sa vie / Un jour la trouvera.
Simone Weil, Natalya.
Connected to Coriolan, de Beethoven by Leonard Bernstein & Wiener Philarmoniker.
3.12.18
J’entends mourir et remourir un chant lointain
Tor der Gewalt by Alfred Hrdlicka
La porte de l’hôtel sourit terriblement / Qu’est-ce que cela peut me faire ô ma maman / D’être cet employé pour qui seul rien n’existe / Pi-mus couples allant dans la profonde eau triste / Anges frais débarqués à Marseille hier matin / J’entends mourir et remourir un chant lointain / Humble comme je suis qui ne suis rien qui vaille / Enfant je t’ai donné ce que j’avais travaille
Guillaume Apollinaire, Alcools.
Connected to Méditation hébraïque, de Ernst Bloch by Sol Gabetta.
27.11.18
De Handen Van De Dokwerker
The Netherlands surrendered to Nazi Germany in May 1940, and the first anti-Jewish measures (the barring of Jews from the air-raid defence services) began in June 1940. These culminated in November 1940 in the removal of all Jews from public positions, including universities, which led directly to student protests in Leiden and elsewhere. At the same time, there was an increasing feeling of unrest amongst workers in Amsterdam, especially the workers at the shipyards in Amsterdam-Noord, who were threatened with forced labour in Germany. (source: wikipedia)
23.11.18
16.11.18
2.11.18
31.10.18
29.10.18
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