6.5.14

Regarder les maisons fermées à jamais

C'était l'été. Pas seulement dans le calendrier. La lumière était celle d'un été rayonnant de santé, de beauté, un été de tous les possibles. Mais pour Leloup, ça ne voulait plus dire grand chose, ça remuait à peine quelques souvenirs glorieux. Aussi glorieux que dérisoires. Ce n'était pas par hasard qu'il était revenu là, face à cette maison et son nom, Les Iris. Avec Farkas, ils avaient passé là un week-end avec deux femmes d'âge mûr – elles devaient avoir la quarantaine ! – à jouer corps à corps, à découvrir de nouveaux jeux à vrai dire ou à interpréter ceux qu'ils avaient imaginés, rêvés peut-être, ceux dont ils avaient lu les récits. Maintenant qu'il avait soixante balais, ces deux dames dont il avait oublié le nom en avaient quatre-vingt ! Et le portail était fermé. Quant à Farkas, il y avait déjà un moment qu'il bouffait les pissenlits par la racine.
C'était l'été. Et les mots se bousculaient dans sa tête, dans les trois langues qu'il tentait de parler chaque jour, le français, l'anglais, le brésilien. Les mots se bousculaient comme au tourniquet du métro de son enfance, empêchant les uns les autres de passer, de sortir. Le poinçonneur des Lilas chantait dans sa tête une drôle de chanson à deux sous. À quoi bon l'été s'il ne pouvait plus parler que son chaos de langage ? Les autres le regardaient en souriant. Ou en le plaignant. À quoi bon l'été s'il ne pouvait plus regarder que les herbes folles autour de lui, que le ciel bleu, que les taches blanches des nuages en goguette, que les maisons fermées à jamais ?

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